JOUR 1
The bubble, c'est une bulle, ma bulle, ma chambre, my shelter.
Une bulle dans le temps, une bulle dans l'espace.
Juste moi, et mes 4 murs.
Depuis quelques semaines je n'ai pas eu de temps pour moi réellement, quand mon temps était pour la fac cela m'absorbait, le reste du temps était pour les amis, mais absence de temps pour moi. Je suis absent de tout ça, une coquille vide, un esprit en marche automatique. Je ne ressens plus grand chose.
Ce matin j'ai voulu faire mon planning de révisions et de taf pour la fac jusqu'aux vacances, je n'ai pas réussi à remplir les cases, certaines étaient vides, d'autres remplies de choses très rapides à faire, ce vide m'a paniqué. Travailler, travailler, travailler, il n'y a plus que ça, j'ai du mal avec le reste. Mes pensées sont presque toutes tournées vers la fac.
Donc ma bulle, c'est un état second, sans joie, un état « suspendu » hors de tout. Mais où toute émotion est la bienvenue, un état mélancolique, en quelque sorte mais sans souffrance, un état qui me fait voir, ressentir les choses différemment, plus fort. Comme un état de lucidité extrême, mais prisonnier d'un épais brouillard.
C'est un peu une oxymore mais c'est un état « oxymore ».
Un état dans lequel je m'accepte dans mon entier, dans lequel je suis seul au monde, et où j'aime ça, enfin c'est un ressenti particulier.
Je m'accepte, m'aime même, ne voudrais être personne d'autre, juste moi, mais moi tout seul.
Comme décrire un état d'esprit dont j'ai le sentiment qu'il est mien, et seulement mien.
D'habitude c'est différent cela dit, c'est comme planer, être sous l'emprise d'une drogue, mais cette drogue c'est la solitude c'est soit même, et on plane parce qu'on ressent, la musique, le touché, on sait.
Mais là cette boule au ventre, cette peur, une bulle sans fac, sans travail, ça culpabilise, et crainte de ne pas réussir à raccrocher, retravailler sans relâche, alors que c'est la seule dont on ait envie. Travailler.
Donc planer, mais une chaîne et son boulet à la cheville, qui m'empêchent de décoller, savourer le goût de rien justement, car rien n'a d'importance dans ma bulle. Et ce goût j'ai du mal à l'avoir en bouche. Je n'arrive même plus à me retrouver moi même, juste moi et mes murs.
Plus que jamais je m'estime sans intérêt, un seul sujet en tête, ça fait des conversations sans intérêt.
Dès lors je sais quelques petites choses, pendant encore trois mois la vie sera fade, j'aurais du mal à l'apprécier, la fac sera ou restera mon pôle numéro un de pensées et d'efforts je l'espère, un minimum de sorties, de fêtes, un ami plus que moyen, et surtout pas un petit ami.
Je me suis toujours senti en décalage, genre il me manque un gène pour être comme tout le monde, dans ma bulle c'est clair que ce gène me manque, mais ça me plait à ce moment là.
En attendant la fin des exams c'est bien simple je vais m'éteindre, mon intérêt va s'éteindre pour toute chose autre que la fac. Cela a déjà commencé, je n'ai plus le goût de beaucoup de choses, mais de toute façon je ne dois pas avoir le temps de m'y consacrer.
Je sais que ça reviendra, mais attendant cette vie m'apporte un équilibre auquel je m'accroche comme à une bouée au milieu d'un océan qui semble sans fin. J'avance avec un seul but, but qui me semble soit dit en passant impossible à atteindre, mais que je vais atteindre car il ne peut en être autrement, je ne peux pas échouer.
Que cela se passera t'il quand j'aurais réussi et que ma bouée ne sera plus là ? Je ne veux pas y penser, parce que je ne veux pas vivre dans des vains espoirs ou de veines appréhensions. Ce sera surement comme avant, même si je ne le désir pas forcément. J'aspire à plus, j'voudrais alors trouver un nouvel équilibre dans lequel il n'y a pas de bouée, mais pleins de bouffées d'air pur, mais je me connais, c'est pas pour moi. Je suis incapable d'agir correctement pour mon bonheur. Je suis plus doué pour me couper de tout, y compris du ressenti.
I'm just lost. La fac c'est le truc dans lequel je suis pas perdu. C'est un endroit rassurant, même s'il me donne mal au bide parfois, parce que je sais comment c'est, c'est dur, c'est du travail, c'est de la solitude, de l'angoisse, des déceptions, des bons moments aussi, c'est un terrain balisé, que j'échoue ou que je réussisse, je sais à quoi m'en tenir. Tout le reste est dur, incertain, compliqué, demande des efforts, d'une autre nature que ceux que la fac demande, d'une nature plus éprouvante, même si je le sais les joies y sont les plus intenses qui soient, mais justement tout y est plus intense. Alors que la fac c'est un niveau différent, un niveau dans lequel j'ai déjà versé assez de larmes, eu assez de déceptions, de désillusions pour que plus rien ne m'atteigne. J'accepte les coups, et c'est tout.
Bref dans ma bulle en temps normal je suis plus doué pour évacuer ce que je veux évacuer mais j'ai ma chaine et mon boulet, mais c'est comme le syndrome de Stockholm, j'aime cette chaine, j'aime ce boulet.
Et j'aime ma bulle.
NUIT 1
J'avance pas, c'est toujours la même chose, un maximum que je peux pas franchir.
Condamner à pas évoluer, à rester dans un schéma qui ne me convient, je veux plus, j'veux m'épanouir, faire ce que j'aime, mais c'est inaccessible, comme un cercle que je parcours sans fin.
Toujours les mêmes étapes ressassées, avancée, apathie, stagne, recul, mal être, tristesse, espoir...
Un cercle désespérément immuable. Me donne envie l'impression de pas vivre.
Envie de crier.
C'est pas assez fort, c'est sans goût.
J'veux souffrir de tout mon être, recevoir des coups, en donner, avoir mal, pleurer toutes les larmes de mon corps, il n'y a que dans ces moments là que je me sens vivant, que je sais où je suis et pourquoi. Et le reste du temps, je ressasse dans mon esprit ces moments, avec nostalgie. Ressentir tout ça me manque. C'est peut être bizarre, spécial, incompréhensible, c'est comme ça. Je me demande bien pourquoi je me défonce pas régulièrement d'ailleurs.
Surement parce que je n'ai pas un cercle d'amis qui pratiquent ça, que ma vie c'est pas skins, que je suis juste un mec pas assez bien dans sa peau, pas assez sûr de lui, qui pense trop, qui est trop responsable, qui ne se laisse pas dépasser les limites.
J'veux vivre pleinement, j'ai pas l'impression d'avoir eu d'adolescence, je le regretterais surement toujours un peu, j'ai pas vécu, rien connu réellement, tout est encore à faire, mais c'est trop tard, c'est avant qu'il aurait fallu que ça se fasse, j'aurais voulu être un ado comme les autres, pas être le fils prodigue.
J'veux que chaque émotion soit tranchante comme une lame de rasoir, que la pluie fouette mon visage, que chaque rayon du soleil sur ma peu soit la plus douce des caresses.
Que chaque jour soit unique, que je puisse dire putain ce que c'est puissant la vie.
Mais j'ai 20 ans, et j'ai perdu des années, et j'ignore si celles avenir m'apporteront enfin une drogue qui donnera un autre goût à toute chose. Et non ce goût de superflue, fade, plat, et sans importance, ni attrait.
En attendant ma dose, je suis pas en manque, je ne suis rien, sans intérêt.