Rien ne bougeait dans le salon, la salle à manger ou l'escalier. Mais certains airs, détachés de la masse centrale du vent, passèrent par les gonds rouillés et les boiseries gonflées par l'humidité de la mer, se faufilèrent par les coins de la maison et s'aventurèrent à l'intérieur. On pouvait presque les imaginer, entrant dans le salonn questionnant, s'intriguant, jouant avec un lambeau de la tapisserie, se demandant s'il tiendrait beaucoup plus longtemps et quand il allait tomber. Puis, d'un frôlement léger, ils passèrent le long des murs, l'air méditatif, semblant demander aux roses rouges et jaunes de la tapisserie si elles allaient se flétrir et interroger – doucement car ils avaient du temps à leur disposition – les lettres déchirées de la corbeille à papier, les fleurs, les livres, tous ouverts pour eux, afin de savoir s'ils étaient des alliés, des ennemis et combien de temps ils allaient demeurer là.
Ainsi dirigés par quelque lumière égarée, tombée d'une étoile dévoilée, d'un navire errant, ou même du Phare, sa pâle empreinte posée sur les marches et les paillassons, les petits airs montèrent l'escalier et fouinèrent autour des portes des chambres à coucher. Ici, bien certainement, il leur fallait s'arrêter. Quoi qui puisse périr et disparaître ailleurs, ce qui se trouve ici est bien solide. Ici, pouvait-on dire à ces lueurs fugitives, à ces airs tâtonnants qui respirent et se penchent sur le lit même, ici vous ne pouvez rien toucher ni rien détruire. Sur quoi, avec un air las et spectral, comme si leurs doigts eussent eu la légère persistance de la plume, ils regardèrent, une seule fois, les yeux fermés, la molle étreinte des mains des dormeurs, puis, rarement sur eux leurs vêtements d'un geste fatigué, ils disparurent. Ainsi, toujours furetant, toujours affairés, ils allèrent à la fenêtre de l'escalier, aux chambres des domestiques, aux malles du grenier ; puis, descendant, ils blanchirent les pommes sur la table de la salle à manger, fouillèrent dans les pétales des roses, s'essayèrent sur le tableau posé sur un chevalet, brossèrent le paillasson et soufflèrent un peu de sable sur le plancher. A la fin, ils cessèrent tous ensemble, se réunirent, soupirèrent en ch½ur ; en ch½ur aussi produisirent une rafale au son lamentable à laquelle une porte dans la cuisine répondit en s'ouvrant toute grande, puis sans avoir rien laissé entrer, cette porte se referma bruyamment.
(Ici Mr. Carmichaël, qui lisait Virgile, souffla sa bougie. Il était minuit passé.)"
__________________ On aurait dit l'hiver encor. Vous étiez loin.
__________________Je jouais de cette ombre en y mêlant la vôtre,
******** "Mais, après tout, qu'est ce qu'une nuit? Un espace bien court, surtout lorsque l'obscurité s'atténue si vite, qu'on entend si tôt chanter un oiseau, croasser une corneille, ou qu'on voit s'aviver faiblement, au fond d'une vague, un vert pâle semblable à celui d'une feuille naissante. La nuit cependant succède à la nuit. L'hiver en possède un paquet dans son magasin et les sort d'un mouvement égale et mesuré, avec des doigts infatigables. Elles s'allongent ; elles s'obscurcissent. Certaines d'entre elles suspendent là-haut de claires planètes, plaques étincelantes." *******************************************


